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Un an de Covid à l’Atelier des Médias : « Le coworking a montré toute sa force »

Comment un espace de coworking vit-il pendant cette épidémie de Covid-19 ? Un an après le premier confinement, trois coworkers de l’Atelier des Médias reviennent sur cette année difficile.

À l’Atelier des Médias. © Anne Gentilleau.

De manière globale, quel a été votre ressenti de cette année passée avec le Covid ?

Erwan Jegouzo, ex-président de l’Atelier des Médias (jusqu’à décembre 2020) : On a essayé de s’adapter très vite à la situation. Au conseil d’administration, on était tous fédérés pour faire fonctionner l’Atelier des Médias le mieux possible. À un niveau plus personnel, je n’ai pas été impacté et j’ai continué à travailler. J’ai eu cette chance-là, contrairement à d’autres.

Philippe Vouillon, ex-trésorier de l’Atelier des Médias (jusqu’à décembre 2020) : On a eu beaucoup de travail avec le conseil d’administration, notamment certains groupes, comme la trésorerie. Autant l’Atelier des Médias est bien organisé en temps normal, ce qui permet de limiter notre temps bénévole pour gérer l’association, autant là on a dû créer de nombreuses  nouvelles procédures, solliciter notre cabinet comptable et nous adapter au cas par cas, au fil des mesures sanitaires.

Jessica Bordeau, présidente de l’Atelier des Médias (depuis décembre 2020) : De mon côté, je représentais l’Atelier des Médias auprès du réseau Coworking Grand Lyon. On a tout de suite mis en place des réunions hebdomadaires pour partager les informations qu’on avait. On était tous un peu perdus face à cette situation inédite, et nous avions peu de visibilité sur la marche à suivre. On s’est beaucoup soutenus et entre-aidés.

Vous avez noté une évolution entre le premier et le second confinement ?

Jessica : Les membres de l’association ont passé beaucoup de temps à gérer la crise lors du premier confinement (on a calculé environ 150 heures de temps donné, bénévolement évidemment !). On était pris dans une tempête avec très peu d’informations claires et des facteurs émotionnels lourds. C’est beaucoup plus facile maintenant qu’on a du recul et qu’on sait quelles mesures nous concernent.

Erwan : Pour le second confinement, on avait des infos et une marche à suivre. Alors qu’au premier, on a découvert les masques, le gel… 

Philippe : On a rouvert l’Atelier des Médias en juin, avec une jauge journalière de coworkers, et on a mis en place un système de réservations à partir de notre intranet. Aujourd’hui, on a une jauge à 22 coworkers contre 33 places en temps normal. Mais tout le monde ne vient pas : on a une douzaine de coworkers par jour en moyenne.

« On s’est quand même rendus compte de la force de notre modèle associatif, avec une gestion financière plus souple. »

À l’Atelier des Médias. © Anne Gentilleau.

Des mesures spécifiques ont-t-elles été mises en place à l’Atelier des Médias par rapport à d’autres coworkings ?

Jessica : C’est difficile d’y répondre car je ne sais pas précisément ce qui se passe ailleurs. Les coworkings en général doivent suivre les mesures détaillées dans le protocole sanitaire en entreprise publié par le gouvernement (distanciation, port du masque, etc). Chacun des coworkings du réseau Coworking Grand Lyon a adapté au mieux cette année ces mesures à sa propre situation. À l’Atelier des Médias, nous avons mis en place une jauge maximale de présence et nous interdisons les déjeuners en groupe. Il n’y a pas de solution idéale, on compose tous entre les restrictions sanitaires et la nécessité de préserver une certaine convivialité, qui font l’essence même de nos lieux. Notre groupe communication fait d’ailleurs un super travail pour rendre tous ces messages contraignants les plus acceptables possible.

Erwan : Ça a montré le caractère de chacun. Entre ceux, plus sensibles, qui trouvent ces mesures anxiogènes, et ceux qui sont plus à cheval sur les règles.

L’Atelier des Médias a-t-il perdu des coworkers ?

Philippe : On est sur un solde négatif de dix coworkers en moins, soit presque 20% des effectifs. Des nouveaux sont tout de même arrivés.

Jessica : Sur les coworkings du réseau Coworking Grand Lyon, on a remarqué une baisse de 20% de coworkers entre janvier 2020 et janvier 2021. 

Erwan : On s’est quand même rendus compte de la force de notre modèle associatif, avec une gestion financière plus souple. 

Jessica : Comme on facture un abonnement fixe, que nos coworkers ont continué à payer dans la mesure du possible, on a eu assez peu de pertes financières. La situation est différente pour chaque espace de coworking, on a des modèles économiques différents. Certains se rémunèrent grâce à la présence effective de coworkers, la location de salle de réunions ou l’organisation d’évènements. Certains ont des salariés, d’autres sont associatifs. Mais on défend tous la même chose : créer du lien entre communautés de travailleurs.

Philippe : Il y a une attractivité à l’Atelier des Médias, qui fait que les membres ont continué à payer leur abonnement. Mais nous avons permis à ceux qui étaient en difficulté financière de reporter leurs échéances. Pendant les mois de fermeture de nos locaux ou de fortes restrictions d’ouverture, nous avons facturé des prestations à demi-tarif.

Justement, l’Atelier des Médias a-t-il perdu de l’argent cette année ?

Philippe : On est en train de faire le bilan, mais on reste solides. Nous avons pu obtenir deux mois gratuits de la Macif, notre bailleur, ainsi que des aides de la Métropole de Lyon et du fonds de solidarité de l’État, qui nous ont permis de compenser les pertes de revenus. 

Jessica : On s’en sort bien mais on reste prudents, car 2021 risque d’être compliqué pour les indépendants et donc pour les coworkings. Le réseau Coworking Grand Lyon reste d’ailleurs mobilisé pour suivre l’évolution de la tendance les prochains mois et faire remonter des données à la Métropole.

« C’est le message que l’on veut défendre à tout prix : les coworkings, ce ne sont pas seulement des bureaux et du café. Ce sont des lieux de vie. »

À l’Atelier des Médias. © Anne Gentilleau.

Qu’est-ce que cette crise dit du coworking de manière générale ?

Philippe : Dans une situation comme celle-là, le coworking a montré toute sa force. On a organisé des petites soirées virtuelles et une petite jauge permettait de revenir à l’Atelier des Médias plutôt que de rester chez soi. 

Jessica : En tant qu’indépendants, on sait qu’être en lien est vital pour notre activité. La généralisation du télétravail a fait prendre conscience de cette réalité, non seulement économique mais aussi psychique. C’est le message que l’on veut défendre à tout prix : les coworkings, ce ne sont pas seulement des bureaux et du café. Ce sont des lieux de vie à préserver si on veut protéger les travailleurs, qu’ils soient salariés ou indépendants.

Erwan : Le point commun entre nos différentes situations, c’est l’Atelier des Médias. C’est ce qui nous lie.

Jessica : J’ai peur que les mesures sanitaires prennent le pas sur tout le reste, que notre identité ne suffise pas à ce que des coworkers, même attachés au lieu, continuent pendant des mois à payer pour un service qui perd de sa nature.

Philippe : Oui, je suis aussi inquiet pour l’avenir à moyen terme. La principale difficulté, ça va être de recruter. Il n’y a plus nos « colunchings » qui nous permettaient d’accueillir des nouveaux.

Erwan : Moi, je suis un indécrottable optimiste ! Il y a beaucoup de gens qui se lancent en indépendants. On verra bien, mais je pense que notre modèle peut être attractif. 

À l’Atelier des Médias. © Anne Gentilleau.

Est-ce qu’on peut quand même tirer des choses positives de cette période difficile ?

Jessica : Ça a mis en lumière la force du collectif. Côté Coworking Grand Lyon, le réseau a été très soudé et d’un grand soutien. Côté Atelier des Médias, on a vu beaucoup d’engagement et de solidarité financière. On ne peut pas fonctionner seul, que ça soit en tant qu’indépendants (certains parlent d’interdépendants !) ou en tant que coworkings. Des réseaux comme le Coworking Grand Lyon, les discussions avec la Métropole, des associations comme France Tiers-Lieux ou Independant.co sont toutes nécessaires !

Erwan : On s’est vraiment rendus compte de l’importance du lieu. 

Un message à faire passer ?

Jessica : On va renaître de nos cendres !

Erwan : Tel l’Atelier des phénix.

Philippe : Yes, we can !