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Rémy Kaestlé, médiateur judiciaire et conventionnel : « Prendre des décisions apaisantes »

À 41 ans, après avoir été huissier de justice, Rémy Kaestlé a décidé de se reconvertir progressivement en médiateur de justice et conventionnel. Portrait.

Pour Rémy Kaestlé, le confinement a été comme un déclic. « Il a été un gros accélérateur quant à la façon dont j’exerce mon métier, de manière plus alternative. Pouvoir prendre des décisions apaisantes, sur un mode plus doux, c’est un peu comme de la médecine préventive », explique aujourd’hui Rémy.

© Chambre nationale des commissaires de justice (Cncj).

Avec sa formation en droit classique, Rémy, originaire de Nancy, s’est tourné dans un premier temps vers le métier d’huissier de justice. « Contrairement à l’image populaire du personnage qui contraint et qui oblige, l’huissier de justice fait aussi de la médiation. C’est juste que tu es le dernier maillon de la chaîne et que tu exécutes des décisions de justice. Pourtant, c’est un métier louable et humain », précise Rémy. « Je me suis rendu compte qu’avec la discussion, on obtenait des résultats. Quand la formation de médiateur s’est ouverte, j’ai saisi l’occasion. »

« Je ne travaille ni pour, ni contre. Le médiateur est au milieu, il est indépendant »

Devenu indépendant, Rémy déménage à Lyon en 2014 et décide, progressivement, de se reconvertir vers la médiation. « Je caricature, mais c’est la banale histoire du litige entre deux voisins avec l’arbre qui dépasse chez l’autre. Au lieu d’aller en justice, on se rend compte qu’avec la médiation, le problème vient souvent d’ailleurs. Que peut-être, deux ans plus tôt, ces voisins s’étaient croisés au supermarché et que l’un n’avait pas dit bonjour à l’autre », explique Rémy.

Il faut distinguer trois types de médiateurs : le médiateur de la consommation, le médiateur de justice et le médiateur conventionnel. Le médiateur de la consommation règle les litiges entre professionnels et non professionnels. Il est agréé par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Le médiateur de justice est désigné par un juge. Quant au médiateur conventionnel, ce sont les parties elles-mêmes qui vont le saisir. « Il faut des capacités d’empathie et d’écoute pour être médiateur. Je ne travaille ni pour, ni contre. Le médiateur est au milieu, il est indépendant », estime Rémy.

« J’avais besoin de retisser du lien »

« La médiation vient du Canada. Plus de 70% du volume de contentieux y est traité en mode alternatif et 30% passe par le judiciaire, qui n’intervient que si la médiation n’a pas abouti », relève Rémy, qui est aujourd’hui consultant et médiateur pour Medicys, la plateforme de la Chambre nationale des commissaires de justice (Cncj). « En France, il y a une volonté de la Chancellerie d’alléger les tribunaux. Il faut voir la médiation comme un complément, et non pas comme une manière de remplacer la justice. Il ne faut pas partir non plus sur un système de justice privé. Depuis le 1er janvier 2020, tous les litiges en-dessous de 5 000€ et les conflits de voisinage doivent essayer la médiation avant de passer à l’assignation en justice. »

Rémy a finalement rejoint l’Atelier des médias (ADM) en juillet 2020. Là aussi, les réflexions pendant le premier confinement ont été un déclic. « J’avais besoin de retisser du lien, et l’aspect associatif de l’ADM est important ! »